Le métier d'assistant parlementaire ....
Un article du Monde datant du 8 juillet 2020 attire mon attention : "Il faut donner un cadre à l'exercice du métier d'attaché parlementaire". Le métier de collaborateur parlementaire est en effet sous les projecteurs depuis le début de l'affaire concernant le couple Fillon . On fit semblant en 2017 de découvrir que les députés et sénateurs usaient et abusaient d'emplois fictifs en employant des proches , inactifs, utilisés à d'autres fonctions familiales ou politiques .Je connais bien ce métier que j'ai exercé durant 10 ans entre 1981 et 1991 . Activité professionnelle que j'occupais encore au début de mon mandat de maire entre 1989 et 1991 . Pas grand chose à voir avec les missions dont Pénélope avait peine à se souvenir .
En 1981 la gauche arrive au pouvoir et une horde de jeunes assistants socialistes découvre l'institution parlementaire . Venus pour contribuer à "changer la vie", plein d'espoir, les collaborateurs des députés majoritaires découvrent rapidement la précarité de leur statut . Rémunérés par l'Assemblée Nationale ils sont employés sous contrat de droit privé signé entre l'employé et le député employeur . Aucun accord collectif ne vient préciser les droits et devoirs de ces agents révocables à tout instant . De fait la fonction est très diversifiée puisque certains travaillent à l'Assemblée Nationale en permanence, d'autres ,comme ce fut mon cas ,travaillent en circonscription . Leurs missions sont très polyvalentes et varient en fonction des champs d'intervention , des centres d'intérêt des députés .Pas vraiment le même travail à Paris ,au fin fond d'une circonscription rurale ou d'outre-mer.
Nous découvrons rapidement que certains députés , toutes tendances politique confondues,ont récruté des membres de leur famille. Certains exercent une véritable activité parlementaire , d'autres servent d'alibis pour arrondir les revenus familiaux . Pas vraiment prévu que les assistants parlementaires gardent les enfants, assurent la comptabilité de la famille, fassent les courses , en utilisant les crédits de l'Assemblée Nationale ... Et pourtant !!!
Nous découvrons aussi que le contrat de collaborateur parlementaire n'est rataché à aucune convention collective et que le droit du travail ne s'applique pas aux collaborateurs des députés . La loi ne s'applique pas ....au Palais Bourbon .
Très vite les assistants socialistes prennent l'initiative de constituer des sections syndicales et se rassemblent en intersyndicale pour obtenir une amélioration de ce statut . Les valeurs defendues par leurs députés employeurs doivent conduire selon eux à une réforme rapide . Les statuts du Parti Socialiste prévoient d'ailleurs à l'époque que tout adhérent soit syndiqué .Une organisation régionale se met en place pour fédérer les assistants et encourager les échanges au plan local . J'occuperai une fonction de délégué en Région Centre .
Mais nous découvrirons que les promesses électorales et les principes défendus pendant la campagne ne nous concernent pas . Viendra rapidement le temps des désillusions . L'intersyndicale se heurtera au rejet croisé de responsabilités entre le Président de l'Assemblée Nationale (Louis Mermaz), le Président du groupe socialiste ( Pierre Joxe) et chacun des députés . Impossible de se faire entendre et d'obtenir les améliorations souhaitées portant sur des droits fondamentaux tels que la médecine du travail, les congés, la durée du travail , les rémunérations ....Autant de sujets laissés à l'appréciation des parlementaires .
Un véritable conflit naitra de l'absence de réponse à nos revendications . Rompus aux conflits sociaux et aux combats militants nous devrons user des rapports de force utilisés par les salariés dans les entreprises pour faire valoir leurs droits . C'est l'époque où le parlement débat des ...des lois Auroux !!
Nous irons même jusqu'à organiser un seeting des collaborateurs parlementaires dans la salle des Pas Perdus , traversée solennellement chaque jour par le Président de l'Assemblée . Du jamais vu dans cette enceinte feutrée de la République . L'affaire fit grand bruit et la une de la presse nationale . La manifestation fut dispersée par les gardes républicains .. La médiatisation et le rapport de force ainsi constitués auront permis quelques avancées . Michel Sapin, député de l'Indre , qui deviendra ministre, fut désigné pour une mission de médiation et de concertation , qu'il exerça très sérieusement avec l'appui de quelques collègues députés sensibilisés au dossier .
Mais 40 ans plus tard les organisations syndicales que nous avions constituées rament encore pour obtenir un véritable statut . L'affaire Fillon aura mis en lumière les emplois de complaisance . Le contrôle des politiques publiques ne s'exercent toujours pas sur ces missions essentielles à la vie démocratique du pays . Quand la République est bien malade !!!









